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L'auteur

Lau de Mels

J'ai fait ma première peinture à l'huile à l'âge de quatre ans. Mon père m'avait prêté son matériel. J'avais peint un petit train. J'ai toujours aimé prendre le train, être dans cet espace entre deux ailleurs avec, pour seul horizon, les lignes de fuite.

À huit ans, j'ai écrit ma première histoire, elle se passait à Vache Chine Tong et puis j'en ai écrite une autre qui se passait à Nouille York. Je ne sais pas pourquoi mes histoires se passaient aux États-Unis. Je n'y ai jamais mis les pieds. Les voyages, je les fais surtout à l'intérieur de ma tête.

À dix ans,j'ai commencé à prendre des photos avec le boîtier Kodak de la famille. Les photos étaient floues et mon doigt dépassait. Je continue à prendre beaucoup d'images, des photos de la vie quotidienne, des petits riens qui rendent la banalité poétique, toutes ces petites choses modestes qui ne feront jamais le buzz.

Pour mes quatorze ans, à la place d'une mobylette, j'ai demandé une machine à coudre. Avec des chutes de tissu, j'ai commencé à créer mes propres vêtements, ils étaient improbables. Je ne suis plus excentrique du tout concernant mon allure vestimentaire mais je le suis restée dans mes émotions.

À vingt ans, je suis entrée à l'école des Beaux-Arts de Toulouse.

À vingt-deux, j'ai perdu mon père dans un accident de voiture. Cela a bouleversé ma vie.

À vingt-cinq, je suis ressortie de l'école avec le Diplôme National Supérieur d'Expression Plastique en poche.

Je ne savais pas encore que, pendant plus de vingt ans, je deviendrais éducatrice spécialisée et que j'animerais des ateliers d'arts plastiques et d'écriture auprès de personnes en grande exclusion, en grande souffrance, pour la plupart prises dans des problèmes d'addiction. Je ne savais pas combien cela changerait mon regard sur les autres, sur moi-même et sur le monde.

La seule chose que je savais déjà c'est que je devrais toute ma vie composer avec la création, qu'elle soit peinture, photographie, tissu, dessin, animation, écriture parce que je ne peux pas faire autrement.

Entre trente et quarante ans, j'ai eu deux enfants. Je ne crois pas qu'un amour plus entier et puissant puisse exister.

Entre cinquante et soixante, j'ai éprouvé au plus près ce que c'est que d'être vivante.

Et à soixante ans, me voilà ici, faite de tout ça et de plein d'autres choses mais celles là, je les garde pour moi.

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