Vous, d'abord
1. Si on enlève votre nom, votre métier et votre biographie officielle : vous êtes qui ?
Je crois que je suis une fille profondément gentille et j’aime les gens gentils, valeur que je place juste au-dessus de l’intelligence, mais ça va souvent de pair. J’aime la convivialité, l’esprit de bande, les chats, le fromage et le champagne. Je cuisine beaucoup et j’ai un goût marqué pour ce qui est beau. Les chats en font partie.
2. Quel enfant étiez-vous ?
Une petite fille hyper curieuse et créative, un peu garçon manqué.
3. Qu'est-ce qui vous a construit — ou abîmé — suffisamment pour que vous vous mettiez un jour à écrire ?
D’aussi loin que je me souvienne, du jour où j’ai tenu un stylo, j’ai écrit. J’ai une imagination qui déborde de partout. Défaut de fabrication principal : je suis bipolaire de type 2, vraiment vraiment pas cool. Mais ça me fait des choses étonnantes à raconter. Je suis stabilisée depuis quelques années après pas mal de passages en HP.
4. Vous souvenez-vous du premier livre qui vous a vraiment fait quelque chose ? Pas nécessairement le meilleur : celui après lequel vous n'étiez plus tout à fait le même.
Le tout premier que j’ai été capable de décoder format « roman », un Oui-Oui (et sa petite auto) : l’impression d’acquérir un super-pouvoir !
5. Et du premier livre qui vous a donné envie d'écrire ?
Balzac, Le Père Goriot, puis toute sa Comédie humaine (oui, oui, je l’ai lue !).
6. Qu'est-ce que vous aimez chez les gens ?
Outre gentillesse et intelligence, j’aime les gens curieux (à tous les sens du terme), un peu fous, avec le sens de l’amitié et de la fête.
7. Qu'est-ce que vous supportez très mal ?
La bêtise et la mesquinerie.
8. Vous êtes plutôt nostalgique, inquiète du présent ou curieuse de ce qui arrive ?
Toujours un pied dans l’avenir, parfois je vise un peu trop loin et oublie de penser l’instant présent.
Maintenant, le livre
9. Pourquoi fallait-il que vous écriviez celui-là ?
Ce fait divers absurde : David Carradine mort dans un accident autoérotique suspendu à la tringle de la penderie dans un hôtel de Bangkok que j’ai beaucoup fréquenté.
10. Vous souvenez-vous du moment précis où il a commencé à exister ?
Quand je me suis retirée deux mois en Thaïlande dans ce même hôtel : j’étais en pleine dépression, le soleil, l’écriture et les massages thaïs m’ont vraiment aidée à tenir le coup.
11. Entre le livre que vous pensiez écrire au départ et celui qui existe aujourd'hui, que s'est-il passé ?
Heu… Sept/huit ans ! J’ai écrit ma première partie en deux mois, à Bangkok donc. À mon retour, j’ai fait un rebond maniaque, les crises se sont enchaînées pendant six ans, j’étais trop up ou trop down pour écrire. Je l’ai repris en 2023, passablement affaiblie. La dernière partie a été écrite au top de ma forme.
12. Quelle part de vous avez-vous mise dedans, y compris celle que personne ne saura reconnaître ?
J’y ai mis une bonne partie de ma « mythologie thaïlandaise », une grosse part de mon imagination, je m’y moque de ma maladie… Beaucoup de thèmes y sont abordés mais la résilience féminine, la rédemption et revanche sur la vie sont des sujets importants pour moi.
13. Y a-t-il quelque chose que vous avez osé écrire et que vous n’auriez jamais réussi à dire ?
Non, j’ose tout !
14. Quel personnage vous ressemble le moins ? Et lequel vous ressemble beaucoup plus que vous ne voudriez l'admettre ?
Le moins : les parents de Meow. Le personnage d’Hana, c’est moi mais je crois que Meow me ressemble beaucoup plus que je ne le pensais.
15. À quel moment de l'écriture avez-vous pensé : « Ah, merde, là il se passe quelque chose » ?
Pas facile comme question (et dire que c’est moi qui ai rédigé ce questionnaire… quelle idée !). J’écris sans plan, sans synopsis, je sais d’où je pars et où je veux arriver mais tout le reste est de l’ordre de la surprise. Je crois que c’est au moment où je me suis rendu compte que tout s’imbriquait parfaitement.
16. Et à quel moment avez-vous eu envie de tout foutre à la poubelle ?
Sincèrement, jamais. Mes personnages, je les aime et je ne jette jamais les gens que j’aime.
17. Quelle scène, quel passage ou quelle idée était là depuis le début et devait absolument survivre jusqu'au livre final ?
La réécriture de l’histoire Carradine. La scène d’Hana qui quitte New York et s’envole vers la Thaïlande.
18. Qu'est-ce qui a disparu en cours de route ?
Le prétexte d’un reportage sur Carradine tourné par Tarantino. Au départ, 36 Serments devait être un polar un peu barré.
19. Qu'aimeriez-vous que le lecteur ressente en refermant le livre — pas qu'il comprenne : qu'il ressente ?
Je me suis bien amusé !
20. Et qu'est-ce que vous ne voulez surtout pas lui expliquer ?
La thématique de la disparition, des disparitions à commencer par celle de disparaître à soi-même.
Votre petite cuisine
21. Vous écrivez comment : rituel obsessionnel, discipline militaire, chaos intégral, quand ça vient ?
J’écris en journée, disons de onze heures à 17 heures, après ça je fume une cigarette magique, je me relis, je me corrige. Je n’arrête pas avant que les passages du jour ne soient « propres ». Je crois que j’écris beaucoup dans ma tête pendant mon sommeil parce que je me réveille avec une idée très nette de ce sur quoi je vais avancer.
22. Silence absolu ou musique ?
Silence absolu pour les moments graves, sombres, musique pour ce qui doit être tonique, joyeux.
23. Vous écrivez vite ou vous passez vingt minutes sur une virgule ?
J’écris vite : si je mets mes mois de travail sur 36 Sermentsbout à bout, j’arrive à à peine cinq/six mois. Par contre, je peux passer des plombes sur la documentation : il est question de tirades chinoises (notamment), je suis devenue incollable.
24. Il y a une heure, un endroit, une boisson, une cigarette, un objet sans lequel ça marche moins bien ?
Ma cigarette électronique depuis que je ne fume plus.
25. Vous montrez ce que vous écrivez en cours de route ou personne n'a le droit d'approcher ?
Je le fais lire comme un feuilleton à mon compagnon.
26. Quand vous relisez vos textes anciens, vous avez envie de les défendre, de les réécrire ou de vous cacher sous la table ?
Je les regarde comme une vieille photo mal cadrée, avec tendresse.
La bande-son
27. Si votre livre était un disque, lequel serait-il ?
Une compilation maison de rock psychédélique de la fin des années 60/début 70.
28. Quel morceau pourrait passer pendant le générique d'ouverture ?
Spellbound— Siouxsie and the Banshees.
29. Et pendant le générique de fin ?
Get Down Tonight— KC & The Sunshine Band.
30. Quelle chanson connaissez-vous tellement par cœur qu'elle fait désormais partie de vous ?
Oh mon Dieu, plein !!! On m’appelle le juke-box (spécialisation chanson française).
31. Quel artiste auriez-vous aimé voir sur scène à n'importe quelle époque, morts compris ?
Fleetwood Mac.
32. Quel disque avez-vous tellement écouté qu'il est associé à une période précise de votre vie ?
Vengeance de Biolay / The Greatest de Cat Power.
33. Votre plaisir musical légèrement honteux — celui que vous défendrez quand même jusqu'à la mort ?
La country.
34. Trois morceaux pour accompagner la lecture de votre livre ?
Candy Says— Lou Reed / Baker Street— Gerry Rafferty / le thème d’In the Mood for Love.
Votre bibliothèque, votre panthéon et vos mauvais goûts
35. Quel écrivain auriez-vous aimé avoir pour ami ?
Balzac, ça devait vraiment être un mec cool.
36. Et lequel vous fascine mais aurait probablement été insupportable à fréquenter ?
Bukowski.
37. Le livre que vous offrez le plus souvent ?
Fragments d’une traque amoureuse, le mien (parce que j’en ai plein la maison, ayant récupéré le stock de mon éditeur qui a fait faillite — pas à cause de moi, je précise).
38. Un immense classique devant lequel vous restez totalement froid ?
À la recherche du temps perdu.
39. Un livre considéré comme mineur ou mauvais que vous adorez ?
J’ai du mal à considérer comme mineurs les livres que j’aime.
40. Vous pouvez voler une phrase à toute la littérature mondiale et prétendre qu'elle est de vous. Laquelle ?
Pas la moindre idée et je déteste le plagiat.
Quelques choses sérieuses, sans avoir l'air d'y toucher
41. Qu'est-ce qui vous met encore en colère ?
L’injustice, principalement faite aux femmes.
42. Qu'est-ce qui vous émerveille encore ?
J’ai une capacité d’émerveillement infinie mais je dirais les petits de première année de maternelle et les chatons.
43. Sur quoi avez-vous complètement changé d'avis ces dix dernières années ?
Les critères de beauté féminine.
44. Quelle époque auriez-vous aimé connaître — à condition évidemment de pouvoir en revenir ?
La période hippie.
45. De quoi avez-vous peur de manquer ?
D’amour.
46. Qu'est-ce que vous savez aujourd'hui que vous auriez aimé savoir à vingt ans ?
« Ce n’est pas si grave. »
Et Waiting for Hippies dans tout ça ?
47. Avant d'arriver chez Waiting for Hippies, quelle vie avait ce manuscrit ? Dormait-il dans un tiroir, circulait-il déjà, l'aviez-vous proposé ailleurs ?
Il avait circulé chez une dizaine d’éditeurs. Un l’avait retenu.
48. Vous souvenez-vous de votre première réaction quand WFH vous a dit : « On veut publier votre livre » ?
Je me souviens de la mienne quand j’ai décidé de le faire : j’avais l’impression de faire le juste choix.
49. Pourquoi avoir choisi de nous suivre dans l'aventure d'une maison qui démarre plutôt que d'attendre sagement qu'une vieille dame de l'édition vous ouvre sa porte ?
Je suis aventureuse !!!
50. Qu'est-ce qui vous a plu — ou intrigué — chez Waiting for Hippies ?
Le curieux binôme que nous formons avec JF.
51. Maintenant que vous nous connaissez mieux : qu'est-ce qui vous a surpris chez WFH, en bien ou en mal ?
Notre potentiel de frappe : avec la team d’auteurs, on forme un vrai petit gang.
Le nombre de manuscrits de qualité reçus.
Et après ?
52. Quand un livre est terminé, vous ressentez quoi : soulagement, manque, envie de ne plus jamais écrire ou besoin de recommencer immédiatement ?
Je suis toujours contente quand je mène un projet à terme. Mais quand c’est fini, c’est fini.
53. Est-ce qu'un autre livre est déjà en train de vous occuper l'esprit ?
Oui, surtout ceux des auteurs WFH !! J’ai aussi deux autres projets persos, dont un à quatre mains.
54. Qu'est-ce que vous avez envie d'écrire maintenant que vous n'auriez pas eu envie — ou pas été capable — d'écrire il y a cinq ans ?
Quelque chose de doux pour ma fille.
55. Si on se retrouve ici dans trois ans, qu'aimeriez-vous pouvoir nous raconter ?
Le bonheur de la Saison 1 de Waiting For Hippies.
Avant de vous laisser partir
56. Votre livre est posé dans une librairie entre deux autres livres. Vous choisissez lesquels ?
Mon précédent et mon prochain roman.
57. Quel lecteur rêvez-vous secrètement de rencontrer ?
J’aimerais bien amuser Patti Smith.
58. Quel est le plus beau compliment qu'on pourrait vous faire sur ce livre ?
Je ne l’ai pas vu venir.
59. Maintenant qu'il ne vous appartient presque plus : qu'est-ce que vous aimeriez lui dire avant de le laisser partir ?
Cours comme une fille !
60. Et finalement : qu'est-ce que vous attendez encore ?
J’attends 17 heures.


